
Une opération obligataire pionnière portée par Senelec, la compagnie nationale d’électricité du Sénégal, afin de financer une capacité de production solaire de 585 MW et des systèmes de stockage de l’électricité par batterie d’une puissance de 329 MW. Cette opération donnera à 1,8 million de personnes un accès fiable à l’électricité et d’éviter chaque année l’émission d’environ 853 000 tCO₂e.
Nous entretenions déjà une relation avec BOAD Titrisation, filiale de la Banque ouest-africaine de développement, qui a structuré et géré l’émission obligataire. BOAD Titrisation avait déjà financé des opérations avec des investisseurs locaux et régionaux, mais souhaitait élargir sa base d’investisseurs en attirant des investisseurs institutionnels européens. Une garantie était donc nécessaire pour ramener le risque de l’opération à un niveau acceptable pour ces investisseurs.
Cette opération correspondait parfaitement à notre mandat, compte tenu de ses objectifs de transition énergétique dans un marché émergent comme le Sénégal, et de l’ampleur de son impact sur le développement durable.
Sur le plan financier, il s’agit d’une opération de très grande envergure. Elle concernait également la première émission réalisée en Afrique par une entreprise de service public à obtenir une double labellisation, Green Bond et Sustainability-Linked Bond (obligation verte et obligation liée à des objectifs de durabilité), ainsi que l’une des premières opérations de titrisation menées par une entreprise africaine de service public. Elle a ainsi jeté les bases du développement du marché de la finance verte et contribuera à mobiliser des flux de capitaux privés vers la région en offrant un modèle reproductible aux retombées tangibles.
Compte tenu des différentes juridictions dont relevaient les parties, il a fallu composer avec plusieurs cadres juridiques et réglementaires et avec des exigences variables en matière de titrisation et d’émission obligataire. L’obligation était libellée en monnaie locale, le franc CFA d’Afrique de l’Ouest (XOF), qui est arrimé à l’euro tout en constituant une monnaie distincte, alors que les investisseurs opéraient en euros, ce qui a ajouté un degré de complexité supplémentaire.
La structure de cette opération était complexe, mais reposait sur les méthodes de travail que nous avions déjà établies avec M&G Investments et Symbiotics. Ces partenaires ont fourni le véhicule d’investissement nécessaire, comme ils l’avaient fait lors de notre précédent partenariat avec Valency International en Côte d’Ivoire.
Elle constitue désormais un modèle facilement reproductible pour mobiliser des investisseurs institutionnels internationaux dans le cadre de futures opérations, comme l’a démontré l’opération conclue quelques mois plus tard avec Robust International au Nigeria.
De nombreuses compagnies de services publics et entreprises d’Afrique de l’Ouest pourraient tirer parti de la titrisation de leurs actifs pour financer leur expansion et leur transition énergétique, comme l’a fait Senelec dans le cadre de cette opération.
Nous nous sommes longtemps concentrés sur les aspects stratégiques de l’opération. Or, de nombreux aspects pratiques devaient également être pris en compte, notamment en raison des différentes juridictions et monnaies concernées. Nous aurions pu les traiter plus tôt afin d’accélérer l’opération. Une leçon à retenir pour la prochaine fois.